Facebook ou la vraie vie
L’hiver a un avantage certain : la nuit précoce qui dévoile, derrière les fenêtres illuminées, les intérieurs des gens. Quel type de personne peut bien être le propriétaire de cette bibliothèque immense que j’aperçois de biais depuis le trottoir ? Ici, des néons, là une ambiance tamisée sous le plafond haut, ici un micro-onde en équilibre près de la fenêtre, chez eux la télévision dans le fond. Ces bouts de vie étrangères, ce petit plaisir de saison, me permettent de contempler la vie des autres et leur univers, ce que j’adore, évidemment, on est voyeur ou on ne l’est pas.
Mais cette année, j’ai mieux. J’ai Facebook. Oui, Facebook, qui m’a permis de retrouver cette fille, copine de collège ou lycée, je ne sais plus très bien, peut-être les deux, que j’avais, par hasard, recroisée dans un train, à l’époque où le TGV-Est n’existait pas et que ça sentait bon le vieux Corail pourri. Plus jamais revue depuis. Mais sur Facebook, c’est devenue mon amie. Pas au terme d’une quelconque correspondance, non, juste comme ça, ce clic qui fait “veux-tu être on ami(e)”, et l’autre, de peur de vexer ou juste parce que ça ne peut pas faire de mal, clique sur “oui”.
Et ça fait deux ans qu’elle apparaît régulièrement dans ce fil-aquarium qu’est mon Facebook. Il y a d’abord eu la maison. “Notre nouvelle maison”, était titré l’album-photo, et c’était beaucoup mieux qu’un catalogue Ikea (qui avait visiblement sponsorisé la maison entière, ceci dit). Stickers au mur, lumières d’ambiance, baie vitrée avec nature à perte de vue, salle de bains et dressing de princesse, le tout dans un camaïeu de couleurs neutres ultra-zen, ça valait largement un épisode de Valérie Damidot. J’avais presque l’impression d’être la famille, à la fin, qui fait des “ooooh” et des “aaaaaah” en découvrant le grenier repeint en rouge laqué. Un peu plus tard, j’ai aussi eu la nouvelle maison sous la neige, encore mieux.
Mais évidemment, c’était pas fini. Quelques mois plus tard, j’ai eu le décompte avant le mariage. Y compris l’enterrement de vie de jeune fille, avec son lot de photos de groupe, et de déguisement de petits diables. Mais alors pour le mariage, ça a évidemment été le déferlement sur Facebook. Le compte-à-rebours m’a maintenue en haleine des jours, (vont-ils se dire oui, est-ce que tout va bien se passer ? ), et puis les photos, la voiture, la robe pour la mairie, la robe pour l’église, bref, un truc de fou. Je passe sur le voyage de noces à Hawaï, hein, et viens aux dernières nouvelles. Quelle surprise, un bébé pour juin. Statuts facebook à propos de nausée, de pas boire d’alcool et de sandwiches nocturnes… Avec, en bouquet final, la photo de profil en robe rouge devant le sapin.
Mais l’autre jour, une nouvelle demande d’ami sur Facebook. “On était en primaire ensemble”, dit le message. Le souvenir est très flou, le nom me dit vaguement quelque chose. Non, allez, une ça suffit. “Ignore”, et adieu saison 1 épisode 1 de la vie de “ancien camarade de classe”. Pas envie de devenir moi-même un cobaye en vitrine pour des zinconnus. Même si c’est certainement déjà le cas.

En espérant qu’elle ne lise pas cette entrée… ;-)
Sinon, je trouve que c’est un peu facile de blâmer Facebook pour la vacuité de la vie des gens et l’utilisation tout aussi vaine qu’ils font de Facebook.
Il reste toujours l’option (comme tu as bien fait avec le suivant) de ne pas être ami avec les gens à qui on a rien à dire, et/ou d’utiliser les options de vie privée à bon escient si virer quelqu’un de sa liste d’amis paraît un peu drastique.
Par exemple, virer de son newsfeed leurs histoires de choix de robe de mariée et de nausée pour cause de bébé arrivant bientôt (variations: la vieille copine dans son trip new age bien lourdingue, l’ami qui utilise ses status pour des rants sans intérêt aucun, etc).